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Meilleure Créatine
Couple marchant ensemble dans une lumière douce de fin de journée

Créatine et libido : ce que la recherche permet de dire

Niveau de preuveCPreuves insuffisantes à ce jour

La créatine est régulièrement associée à des effets sur la libido, dans un sens ou dans l'autre. Aucune étude n'a mesuré cette question, et les travaux disponibles portent sur des hormones, pas sur le désir.

La question revient dans les deux sens : la créatine stimulerait la libido, ou au contraire la diminuerait. Les deux affirmations ont le même défaut, celui de reposer sur rien. Aucune étude n’a mesuré le désir sexuel sous créatine. Ce que l’on possède, ce sont deux essais ayant dosé des hormones, et ils ne disent pas ce qu’on leur fait dire.

Pourquoi la question se pose

L’association vient d’un raccourci répandu entre compléments destinés aux sportifs et produits agissant sur les hormones. La créatine se trouve dans les mêmes rayons que des produits revendiquant un effet hormonal, et ce voisinage suffit à créer une confusion.

Elle vient aussi du vocabulaire. Parler de prise de masse, de force et de performance place la créatine dans un registre que beaucoup associent spontanément à la testostérone, donc à la sexualité masculine.

Or le mécanisme de la créatine n’a rien d’hormonal. Elle augmente la quantité d’énergie rapidement mobilisable dans le muscle, comme décrit dans notre dossier sur ce qu’est la créatine. Elle n’agit sur aucun récepteur hormonal et ne modifie pas la production de testostérone.

Ce que les deux essais ont mesuré

Deux travaux ont examiné les hormones androgènes sous créatine, et aucun n’a regardé la libido.

Le premier, publié en 2009 par van der Merwe et ses collègues, portait sur vingt joueurs de rugby universitaires. Il a observé une hausse de la dihydrotestostérone après une phase de charge, de l’ordre de 56 %, puis 40 % au-dessus de la valeur initiale pendant l’entretien. Point décisif pour notre sujet : la testostérone totale et libre restait inchangée.

Le second, publié en 2025 par Lak et ses collègues, est un essai randomisé contrôlé de douze semaines mené sur quarante-cinq hommes entraînés. Il n’a retrouvé aucune différence hormonale par rapport au placebo, ni sur la dihydrotestostérone, ni sur le rapport entre les deux hormones.

Essai Testostérone Dihydrotestostérone Libido mesurée
van der Merwe, 2009 Inchangée En hausse Non
Lak, 2025 Inchangée Pas de différence face au placebo Non

La dernière colonne résume l’essentiel. Deux essais, aucune mesure du désir, et des résultats hormonaux qui divergent entre eux.

Une hormone n'est pas un comportement

Même si la dihydrotestostérone variait de façon constante, le lien avec la libido ne serait pas démontré pour autant. Le désir sexuel dépend de facteurs hormonaux, mais aussi psychologiques, relationnels, du sommeil, du stress et de l'état de santé général. Déduire un effet sur la libido d'une variation hormonale observée chez vingt sportifs reviendrait à sauter plusieurs étapes à la fois.

Couple d'adultes assis côte à côte sur un canapé clair dans un salon lumineux
Les deux essais disponibles n'ont pas mesuré la libido comme critère principal : aucun lien direct n'est démontré à ce jour.

Ce que disent les revues de sécurité

La prise de position de l’International Society of Sports Nutrition, publiée en 2017, recense les effets indésirables rapportés dans la littérature consacrée à la créatine. Aucun trouble de la sphère sexuelle n’y figure. Le seul effet constamment retrouvé reste la prise de poids liée à la rétention d’eau intramusculaire, décrite dans notre article dédié.

Une revue publiée en 2021 par Antonio et ses collègues, consacrée aux idées reçues les plus répandues, aboutit au même constat sur les craintes hormonales.

Cette absence de signal mérite la même prudence que partout ailleurs : personne n’a conduit d’essai dont l’objectif principal était d’évaluer la fonction sexuelle sous créatine. Nous classons donc ce sujet au niveau de preuve le plus bas, non parce qu’un risque serait suspecté, mais parce que la question n’a pas été étudiée. Nos critères figurent dans notre méthode.

L’hypothèse indirecte, et ses limites

Reste un raisonnement souvent avancé, et il n’est pas absurde : quelqu’un qui s’entraîne régulièrement améliore sa condition physique, son sommeil et parfois son rapport à son corps. Ces trois éléments sont associés à la libido dans la littérature générale sur l’activité physique.

Si une personne constate un changement après avoir commencé la créatine, l’explication la plus probable tient donc à ce qui l’accompagne : un entraînement plus régulier, une attention nouvelle portée à son hygiène de vie, parfois une perte de masse grasse.

Attribuer ce changement à la poudre plutôt qu’à l’activité physique serait exactement l’erreur que nous décrivons à propos d’autres sujets : confondre ce qui change au même moment avec ce qui produit le changement.

Les baisses de libido ont des causes qui se traitent

Une baisse durable du désir peut relever de la fatigue, du stress, d'un trouble du sommeil, d'un état dépressif, d'un déséquilibre hormonal réel ou d'un effet secondaire médicamenteux. Ce sont des causes identifiables, et pour certaines traitables. Chercher la réponse dans l'arrêt ou l'ajout d'un complément alimentaire revient surtout à retarder la bonne démarche, qui passe par un médecin.

Pourquoi cette question circule autant

Le sujet occupe une place sans rapport avec le volume de données disponibles, et les raisons de cette disproportion sont assez claires.

La première tient à la nature même de la question. Peu de gens interrogent un médecin sur leur libido, mais beaucoup la tapent dans un moteur de recherche. Les sujets qu’on n’ose pas aborder en consultation se traitent en ligne, où personne ne vérifie les réponses.

La deuxième tient à l’absence de source autorisée. Quand aucune étude n’existe, le vide se remplit d’anecdotes, et ces anecdotes circulent d’autant mieux qu’elles paraissent intimes et donc sincères.

La troisième tient à la réversibilité du récit. La créatine est présentée tantôt comme stimulante, tantôt comme nuisible, selon ce que le lecteur redoute ou espère. Une affirmation qui fonctionne dans les deux sens est le signe habituel qu’aucune donnée ne la contraint.

Un test simple face à ce type d'affirmation

Demandez-vous ce qui aurait dû être mesuré pour l'établir. Ici, il faudrait un essai comparant un groupe sous créatine à un groupe placebo, avec une évaluation standardisée de la fonction sexuelle, sur plusieurs mois. Si personne ne peut citer ce travail, l'affirmation n'a pas de base, quel que soit le sens dans lequel elle penche.

Carnet fermé, verre d'eau et pot blanc sans étiquette sur une table de chevet claire
La fatigue, le sommeil et le surentraînement pèsent bien davantage sur le désir que n'importe quel complément.

Le cas du surentraînement

Un point mérite d’être distingué, parce qu’il concerne le contexte dans lequel la créatine est souvent prise.

Un volume d’entraînement excessif, associé à une récupération insuffisante et parfois à un déficit énergétique, peut s’accompagner de fatigue persistante, de troubles du sommeil et d’une baisse de la libido. Ce tableau est documenté dans le champ de la médecine du sport, et il n’a rien à voir avec un complément en particulier.

Pour quelqu’un qui aurait augmenté son volume d’entraînement en même temps qu’il commençait la créatine, c’est de ce côté qu’il faut chercher en priorité. Réduire la charge et soigner la récupération donnera plus de résultats que de changer de marque de poudre.

Ce qui est documenté, en revanche

Il serait dommage de quitter ce sujet sans rappeler ce que l’on sait réellement de cette molécule, car le contraste est instructif.

L’effet sur les performances lors d’efforts courts, intenses et répétés est reconnu par la réglementation européenne depuis 2012, à raison de trois grammes par jour. L’effet sur la force musculaire chez les adultes de plus de 55 ans pratiquant la musculation l’est depuis 2017. Ce sont les deux seules allégations autorisées, et elles ont demandé des années d’évaluation.

Tout le reste, de la cognition à la libido, relève soit de données insuffisantes, soit de l’absence pure et simple d’étude. Cette asymétrie entre deux effets solidement établis et une multitude de questions non explorées est le vrai visage de la recherche sur la créatine. Les deux effets réellement établis sont détaillés dans notre dossier sur la créatine et la performance sportive.

Ce qu’il faut retenir

La créatine n’est pas une hormone, n’élève pas la testostérone et ne figure pas parmi les substances interdites par l’Agence mondiale antidopage. Aucune étude n’a mesuré son effet éventuel sur la libido, ce qui interdit d’affirmer qu’elle l’améliore comme de prétendre qu’elle la diminue. Si cette question vous préoccupe réellement, elle mérite mieux qu’un article : les causes d’une variation du désir sont nombreuses, souvent identifiables, et relèvent d’un examen médical plutôt que d’un arbitrage entre compléments.

Questions fréquentes

La créatine augmente-t-elle la libido ?

Aucune étude n'a mesuré la libido sous créatine, ni dans un sens ni dans l'autre. Les travaux disponibles ont dosé des hormones, ce qui ne renseigne pas sur le désir sexuel. Toute affirmation dans un sens ou dans l'autre dépasse donc ce que les données permettent.

La créatine augmente-t-elle la testostérone ?

Non. Dans l'essai publié en 2009 par van der Merwe et ses collègues, la testostérone totale et libre est restée inchangée. Seule la dihydrotestostérone, une hormone dérivée, variait. Un essai randomisé publié en 2025 n'a retrouvé aucune différence hormonale face au placebo.

La créatine est-elle un stéroïde ?

Non. C'est une molécule que l'organisme fabrique lui-même et que la viande et le poisson apportent. Elle agit sur le stock d'énergie disponible dans le muscle, pas sur des récepteurs hormonaux. Elle ne figure pas sur la liste des interdictions 2026 de l'Agence mondiale antidopage.

Peut-elle avoir un effet indirect sur la vie sexuelle ?

C'est une hypothèse plausible mais non mesurée : un entraînement régulier améliore la condition physique, le sommeil et l'image de soi, trois facteurs associés à la libido. Attribuer cet effet à la créatine plutôt qu'à l'activité physique qu'elle accompagne serait abusif.

Faut-il s'inquiéter d'un effet négatif ?

Aucun trouble de ce type ne figure parmi les effets indésirables recensés par les revues de sécurité. Le seul effet constamment retrouvé reste la prise de poids liée à la rétention d'eau intramusculaire. Si vous constatez un changement qui vous préoccupe, un médecin reste le bon interlocuteur, car les causes possibles sont nombreuses.

Sources

  1. van der Merwe J, Brooks NE, Myburgh KH, Three weeks of creatine monohydrate supplementation affects dihydrotestosterone to testosterone ratio in college-aged rugby players, Clin J Sport Med, 2009
  2. Lak M et coll., essai randomisé contrôlé sur créatine, androgènes et paramètres capillaires, JISSN, 2025
  3. Kreider RB et coll., prise de position de l'ISSN sur la créatine, JISSN, 2017
  4. Antonio J et coll., Common questions and misconceptions about creatine supplementation, JISSN, 2021